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Croissance, décroissance, de quoi parle-t-on ?

    

Croissance, décroissance, de quoi parle-t-on ?

A priori, la décroissance n'est que le contraire de la croissance et ne peut être évoquée sans elle. Il convient de définir, si possible, la première pour comprendre la seconde.
Pour ce faire j'ai commencé par consulter les "bibles" de la langue française, à savoir, le Grand Littré, le Petit Robert et enfin, le Grand Robert Culturel.

Pour le Grand Littré : Croissance = développement progressif de corps vivants.
Pour le Petit Robert : pour les choses, accroissement, augmentation, développement, progression. Ainsi la croissance n'est pas une "chose" mesurable.
Enfin le Grand Robert culturel reprend les mêmes notions en précisant en "économie" , accroissement à moyen ou à long terme de la production nationale.

Ainsi il apparaît que la sémantique ne m'a été d'aucun secours dans l'ignorance que j'ai (si ce n'est la "production nationale" ce qui est bien vague) de la "chose", du "schlimblick" censé "croître" ou "décroître" suivant les circonstances. Il m'a fallu poursuivre ma quête et, à cette fin, je me suis plongé dans "l'antimanuel d'économie" de Bernard Maris et j'ai participé, il y a quelques années à un forum de discussion avec l'auteur organisé par la FNAC.
(Je rappelle que B Maris, quoique rédacteur à "Charlie-Hebdo" n'en est pas moins un "économiste" reconnu et même professeur à l'Université.)

Tout en prévenant le lecteur que la "croissance n'est pas une notion simple", b Maris nous dit simplement que la "croissance est la variation du "PIB" sur une durée déterminée. Reste à définir le "PIB", à savoir comment le mesure-t-on, quelle est l'unité de mesure ?
Je revenais ainsi à la case départ, mais l'auteur a pu éclairer quelque peu ma lanterne encore que ...
En effet, le PIB ne serait pas une valeur quantifiable, un "stick", mais une variable, un "flux", ce dernier n'étant qu'une variation de "stock". Dans cet esprit, le PIB serait, selon les experts spécialistes de la "Comptabilité Nationale" (la CN), le PIB serait, in fine, que "l'accroissement de la richesse de la France pendant un an. Ce "flux" comportant entre autres, outre la Production Nationale évoquée par le Grand Robert, les salaires et autres revenus, la consommation durant cette année.

À ce stade, même si je ne suis pas beaucoup éclairé, je peux émettre quelques observations :

I - Le PIB, variation de stock, est en langage mathématique une "dérivée première" ou en langage mécanique une "vitesse".
Ainsi la "croissance", variation du PIB n'est-elle qu'une "dérivée seconde" ou une accélération. Peut-on imaginer un véhicule qui "accélérait indéfiniment ?
Par ailleurs, selon mes vieux souvenirs de "Maths spé", les dérivées secondes n'étaient que des "infiniment petits du second ordre" et comme tels négligés et éliminés dans toute démonstration. Qu'en est-il aujourd'hui, les "Mathématiques financières" enseignées à Polytechnique sont-elles les mêmes que les maths de jadis ?

II - Si la "Production Nationale" est, sur une période arbitraire, tout ou partie de PIB durant cette période, encore faut-il la définir, ou tout au moins la "cerner" pour pouvoir la quantifier :
1/ De quelle "production" s'agit-il ? Celle des entreprises multinationales est-elle prise en compte ? De même celle des entreprises "nationales" fabriquée à l'étranger ?
2/ Est-il fait une différence entre la production immédiatement périssable (l'alimentation par exemple), celle des produits manufacturés périssables à moyen terme et celle des équipements lourds pour lesquels doit intervenir la notion d'amortissement dont la définition est, de principe, totalement subjective.
3/ Enfin et surtout sur quels critères additionne-t-on des"produits" de nature éminemment hétérogènes ?
Ainsi sur 10 ans, le PIB de la France serait l'addition de :
  • Quelques centaines de tonnes de fromage de Roquefort
  • quelques centaines de milliers de voitures
  • quelques centaines de films
  • un porte-avions nucléaire
  • quelques millions de tonnes de tuiles de terre cuite
  • quelques centaines de kilomètres d'autoroute
  • 3 ou 4 sous-marins nucléaires
  • un viaduc de Millau
  • etc
Une telle énumération n'est pas sans rappeler "l'Addition", poème de Jacques Prévert joint en annexe, comme quoi les "économistes" peuvent-ils rejoindre les poètes !

III - Ainsi, il apparaît que les seuls éléments mesurables de "l'accroissement de la Richesse Nationale" seraient les "revenus" et la "consommation".
Et encore ...  :
  • Les dividendes réglés aux fonds de pension étrangers participent-ils à la richesse nationale ?
  • Les "très hauts revenus" (et pas seulement ceux des patrons des "entreprises du CAC 40") qui, de par leur importance, ne peuvent ne servir qu'à "l'accumulation" individuelle participent-ils à l'augmentation de la richesse nationale ?

Finalement, il apparaît que seule la consommation peut être évaluée, grâce à la TVA ? taxe à la "valeur ajoutée", qui en fait qu'un impôt sur la consommation.
Il paraît donc probable que la TVA doit être l'outil privilégié, sinon exclusif, d'évaluation du "PIB".
Ainsi, la ville de Toulouse, en 1991, a connu, grâce à l'usine AZF, une (autre) explosion de son PIB, par la collecte de TVA  par :
  • les fabricants de cercueils
  • les experts des compagnies d'assurances
  • les avocats
  • les multiples artisans du bâtiment de la région
  • etc
Cette énumération, pas du tout fantaisiste, permet de rappeler qu'en son temps, un économiste, consulté par nos gouvernants, M Patrick Viveret, avait rappelé que "les catastrophes sont une bénédiction pour notre PIB".

IV - Eu égard à ce qui précède, il me paraît intéressant de connaître la précision des "mesures" successives du PIB, mesures indispensables pour en connaître la variation, donc la "croissance".
Interrogé à ce sujet, Bernard Maris a répondu que les "grosses têtes polytechniciennes" de l'INSEE estiment connaître la PIB à 10 % près.
Personnellement, j'estime cette affirmation optimiste, surtout si les "grosses têtes" en question sont tenues de prendre en compte la "production nationale" et d'estimer les amortissements.
Cela étant, à supposer même que ces 10 % ne soient pas trop optimistes, comment nos "brillants économistes" à la Élie Cohen ou autres alain Minc peuvent-ils connaître, que dis-je prévoir  une variation à 0,1 % près d'une valeur ou d'une chose qu'ils ne connaissent qu'à 10 % près ? À moins que cela ne fasse partie des subtilités des "Mathématiques financières" ?

À ma question : "En somme, on nous prend pour des cons  ?", B Maris n'a pu répondre que par l'affirmative.


Annexe :
+L'Addition, de Jacques Prévert
Le client :
                               
  • Garçon, l'addition !
Le garçon :
  • Voilà. (Il sort son crayon et note.) Vous avez... deux oeufs durs, un veau, un petit pois, une asperge, un fromage avec beurre, une amande verte, un café filtre, un téléphone.
Le client :
                               
  • Et puis des cigarettes !
Le garçon : (Il commence à compter.)
                               
  • C'est ça même... des cigarettes... ...Alors ça fait...
Le client :
                               
  • N'insistez pas; mon ami, c'est inutile, vous ne réussirez jamais.
Le garçon :
                               
  • !!!
Le client :
  • On ne vous a donc pas appris à l''école que c'est ma-thé-ma-ti-que-ment impossible d'additionner des choses d'espèce différente !
Le garçon :
                               
  • !!!
Le client : (Élevant la voix.)
  • Enfin, tout de même, de qui se moque-t-on ?... Il faut réellement être insensé pour oser essayer de tenter d' "additionner" un veau avec des cigarettes, des cigarettes avec un café filtre, un café filtre avec une amande verte et des oeufs durs avec des petits pois, des petits pois avec un téléphone... Pourquoi pas un petit pois avec un grand officier de la Légion d'honneur, pendant que vous y êtes !
(Il se lève.)
Non, mon ami, croyez-moi, n'insistez pas, ne vous fatiguez pas, ça ne donnerait rien, vous entendez, rien, absolument rien... pas même le pourboire !
(Et il sort en emportant le rond de serviette à titre gracieux.)


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